Difficile de se remettre à écrire après une semaine de vacances passée chez mes parents dans la Drôme des collines… J’ai bien essayé de finir ce post pendant mes vacances mais entre un plongeon dans la piscine et écrire sur une journée de travail, le choix était vite fait !
J’ai donc décidé de vous raconter une journée type d’une infirmière en réanimation à New York. Ne soyez pas étonnés, ça ressemble beaucoup à la journée d’une infirmière en réanimation en France.
Réveil à 5h30. Après un bon café latte fait maison, je saute dans un «yellow cab», direction l’hôpital.
En arrivant dans le service, je fais le tour du service et choisis le groupe de patients que je prendrai en charge pour la journée.
Nous appliquons dans notre unité la règle du premier arrivé, premier servi (first come, first serve). C’est une règle que je n’ai jamais vu appliquer ailleurs qui veut que les infirmières arrivant le matin choisissent leurs patients en fonction de leur ordre d’arrivée. Certaines de mes collègues arrivent donc à 6h pour prendre la relève à 7h30 seulement. J’ai choisi d’arriver tôt pour pouvoir choisir mes patients et ne pas hériter de ceux dont personne ne veut (obèses trop lourds à repositionner, alcooliques trop agités, patient dont les familles sont trop présentes…), quitte à me lever beaucoup plus tôt.
Puis direction le Starbuck’s pour un second café ! Il me faut bien ça pour affronter ma journée de 12h30 de travail...
Après une demi-heure de transmission de 7h30 à 8h pendant laquelle les infirmières de nuit nous présentent les patients, nous démarrons la journée par un examen clinique approfondi des patients, vérifions les alarmes des paramètres vitaux sur les moniteurs, ainsi que les doses des médicaments administrés en continu.
L’examen clinique est constitué de l’analyse de l’état de conscience du patient, cotation du score de Glascow, l’analyse du rythme cardiaque, la vérification de la présence et l’intensité des pulsations aux extrémités, l’auscultation des bruits des poumons ainsi que la présence de ceux des intestins aux quatre quadrants de l’abdomen, palpation de l’abdomen.
Je m’installe ensuite devant un des ordinateurs du service et passe entre une demi-heure et une heure à remplir des pages de détails sur mon examen clinique, les actions mises en place pour assurer la sécurité du patient et l’administration des médicaments. Et comme si cela n’était pas suffisant, nous remplissons également une feuille de soins.
La partie administrative est extrêmement importante aux Etats-Unis notamment à cause des nombreux procès intentés par les patients et leurs familles contre les hôpitaux, médecins et infirmières.
Après avoir fini mon travail de «charting» sur l’ordinateur, il est temps de préparer les médicaments de 10h.
La titration de la plupart des infusions, notamment les sédatifs (diprivan, morphine, lorazepam) et les catécholamines, est laissée à la charge des infirmières.
Les soins de bouche ainsi que le repositionnement les patients afin de prévenir les escarres s’effectuent toutes les deux heures. Le repositionnement s’effectue en général avec une aide-soignante, mais comme nous n’en avons qu’une seule pour douze patients, je perds souvent beaucoup de temps à la chercher.
La visite des médecins s’effectue également le matin et nous décidons du plan de soin de notre patient pour la journée.
Dans la matinée, la «charge nurse» répartit les pauses-repas. Nous sommes en général mises en binôme et surveillons les patients de l’autre infirmière pendant l’heure de pause.
L’après-midi est occupé par la distribution des médicaments, la surveillance étroite des paramètres vitaux et les toilettes des patients. Les pansements de voies veineuses centrales sont effectués à l’aide d’un kit contenant des gants stériles, un masque, deux cotons-tiges imbibés d’antiseptique, un petite compresse et un pansement transparent. Pas terrible comparé à la technique française où même l’infirmière s’habille en stérile ! Les lignes des cathéters sont changées tous les 4 jours. Quant aux sondes d’intubation, nous changeons leurs attaches avec l’aide des «respiratory therapist» qui sont des professionnels de santé spécialisés sur la respiration. Ceux-ci s’occupent de tout ce qui concerne les traitements respiratoires (nébulisations, ventilateurs, etc.). Ils relèvent les paramètres des respirateurs régulièrement (les infirmières le font aussi sur leur feuille de soin), règlent les alarmes, aspirent le patient occasionnellement.
Les amples horaires de visite accordés aux familles et connaissances qui s’étalent de 11h à minuit ajoutent une charge de travail conséquente car il nous faut répondre aux multiples questions et demandes des familles.
La journée s’achève à 20h après avoir fait les transmissions à l’infirmière de nuit.
samedi 11 juillet 2009
vendredi 19 juin 2009
Les infirmières à l’honneur !
Deux séries télévisées ayant pour personnages principaux des infirmières débarquent ce printemps sur nos écrans. Il s’agit de « Nurse Jackie » et de « HawthoRNe » : deux shows aux antipodes, qui suscitent déjà de vives réactions au sein de la profession infirmière aux Etats-Unis.
«Nurse Jackie» est jouée par Edie Falco, connue pour son rôle dans la série sur la mafia italienne « Les sopranos ». La série dépeint une infirmière qui travaille aux Urgences ayant pour but de soigner le mieux possible ces patients tout en étant une sorte de justicière. Elle enfreint allègrement les règles de l’hôpital afin de faire le bien auprès des personnes en difficulté et n’hésite pas à donner des soins pour le moins inappropriés à ceux qui, selon elle, ne le méritent pas. Nurse Jackie souffre également de problèmes de dos et se drogue aux percocets (médicaments anti-douleur) qu’elle obtient par le pharmacien et les absorbe avec une manière bien à elle ! En tous cas, la partie qu’on peut voir gratuitement sur le site de Showtime m’a bien fait rire mais a suscité pas mal de critiques dans le milieu infirmier. De nombreuses infirmières et associations se sont fait entendre pour que ce show soit retiré car elles estiment qu’il nuit à l’image de notre profession. Je pense pourtant que la plupart des spectateurs ne sont pas stupides au point de croire que cela se passe dans la réalité (enfin, pas tout quoi !). Cette série passe malheureusement sur une chaîne privée et il faut débourser quelques dollars pour y avoir accès.
« HawthoRNe » fait plutôt penser à un remix d’« Urgences » avec comme personnages principaux des infirmières plutôt que des médecins. On retrouve la même trame d’histoires personnelles mêlées au quotidien des infirmières. Le personnage principal, joué par Jada Pinkett Smith (la femme de Will Smith), est Christina HawthoRNe, la directrice des soins infirmiers de Richmond Trinity Hospital. Pour ceux qui ne le savent pas, RN sont les initiales désignant notre statut de Registered Nurse (équivalent de l’abréviation IDE). C’est le côté héroïque des infirmières qui est mis en avant dans cette série, Christina se trouvant le même jour en réunion administrative, au chevet de cinq patients et posant une intraveineuse à un nourrisson. Les relations avec les médecins sont malheureusement montrées sous l’angle du conflit et de la domination. Ce sera peut-être la série qui remplacera le vide laissé par « Urgences ».
Quelle que soit l’approche de ces séries sur le monde infirmier, il était temps qu’on nous mette a l’honneur !
Nurse Jackie :
http://www.youtube.com/watch?v=FGyWMdCWUrc
HawthoRNe :
http://www.tnt.tv/dramavision/?cid=48487
«Nurse Jackie» est jouée par Edie Falco, connue pour son rôle dans la série sur la mafia italienne « Les sopranos ». La série dépeint une infirmière qui travaille aux Urgences ayant pour but de soigner le mieux possible ces patients tout en étant une sorte de justicière. Elle enfreint allègrement les règles de l’hôpital afin de faire le bien auprès des personnes en difficulté et n’hésite pas à donner des soins pour le moins inappropriés à ceux qui, selon elle, ne le méritent pas. Nurse Jackie souffre également de problèmes de dos et se drogue aux percocets (médicaments anti-douleur) qu’elle obtient par le pharmacien et les absorbe avec une manière bien à elle ! En tous cas, la partie qu’on peut voir gratuitement sur le site de Showtime m’a bien fait rire mais a suscité pas mal de critiques dans le milieu infirmier. De nombreuses infirmières et associations se sont fait entendre pour que ce show soit retiré car elles estiment qu’il nuit à l’image de notre profession. Je pense pourtant que la plupart des spectateurs ne sont pas stupides au point de croire que cela se passe dans la réalité (enfin, pas tout quoi !). Cette série passe malheureusement sur une chaîne privée et il faut débourser quelques dollars pour y avoir accès.
« HawthoRNe » fait plutôt penser à un remix d’« Urgences » avec comme personnages principaux des infirmières plutôt que des médecins. On retrouve la même trame d’histoires personnelles mêlées au quotidien des infirmières. Le personnage principal, joué par Jada Pinkett Smith (la femme de Will Smith), est Christina HawthoRNe, la directrice des soins infirmiers de Richmond Trinity Hospital. Pour ceux qui ne le savent pas, RN sont les initiales désignant notre statut de Registered Nurse (équivalent de l’abréviation IDE). C’est le côté héroïque des infirmières qui est mis en avant dans cette série, Christina se trouvant le même jour en réunion administrative, au chevet de cinq patients et posant une intraveineuse à un nourrisson. Les relations avec les médecins sont malheureusement montrées sous l’angle du conflit et de la domination. Ce sera peut-être la série qui remplacera le vide laissé par « Urgences ».
Quelle que soit l’approche de ces séries sur le monde infirmier, il était temps qu’on nous mette a l’honneur !
Nurse Jackie :
http://www.youtube.com/watch?v=FGyWMdCWUrc
HawthoRNe :
http://www.tnt.tv/dramavision/?cid=48487
vendredi 12 juin 2009
Hygiène 1ère partie : les uniformes
Appelés plus communément ici « scrubs » ou encore « pajamas », les uniformes se portent non seulement dans l'hôpital mais aussi à l'extérieur, comme dans les séries télévisées. Ne cherchez pas les caméras si vous êtes en visite à New York et que vous croisez quelqu'un en uniforme dans la rue ! Pratique choquante pour moi qui, lors de mes nombreux stages d’école d’infirmière, devais me changer même pour aller manger à la cafétéria. Ici, la plupart de mes collègues arrivent en scrubs au travail, après s’être habillés à la maison, puis repartent le soir sans se changer. Je suis une des seules infirmières à apporter mes tenues avec moi et à me changer dans l’unité. J’ai pourtant assez rapidement compris que rien n’était aménagé pour qu’on puisse se changer sur place. Pendant longtemps je me suis changée dans les toilettes en tentant des numéros d’équilibriste improbables pour que ni mes vêtements, ni mes tenues ne touchent le sol. Puis récemment, on nous a aménagé une pièce avec des casiers faisant office de vestiaire. Le seul petit problème est la température de cette pièce qui est proche de zéro, de quoi en décourager plus d’un ! Un des avantages certain de mettre sa tenue au saut du lit est le gain de temps et, pour des New-yorkais pressés, le temps n’a pas de prix. Certaines de mes collègues portent même leurs scrubs pour aller faire leurs courses les jours où elles ne travaillent pas !
Pourtant, de nombreuses études démontrent que nos uniformes sont des vecteurs d’infections. A l’automne dernier, le New York Times publiait un article intitulé : « The doctor’s hands are germ-free. The scrubs too ? » (Les mains des médecins n’ont pas de bactéries. Leurs uniformes non plus ?). Certains chiffres sont particulièrement effrayants. Une comparaison de la présence d’agents pathogènes sur les cravates portées par les médecins et celles des agents de sécurité à l’hôpital est faite : 50% des cravates de médecins étaient contaminées contre 10% seulement pour les agents de sécurité. L’auteur pointe également du doigt le fait qu’en Europe les uniformes sont généralement pourvus et entretenus par l’hôpital, alors qu’aux Etats-Unis tout est laissé à la charge de l’employé. Effectivement, j’ai dû acheter moi-même mes tenues et c’est moi qui me charge de leur entretien. Les règles concernant la tenue vestimentaire sont assez floues. D’ailleurs, la majorité des hôpitaux ne donnent aucune directive particulière en la matière. Chacun achète la couleur, la forme d’uniforme qui lui plaît. Certains portent même de simples tee-shirts !
L’article du New York Times donne par ailleurs l’exemple du Danemark, où les règles d’hygiène sont plus strictes notamment au niveau des tenues. Dans ce pays, moins de 1% des infections à staphylocoques sont des infections à bactéries résistantes contre plus de 50 % dans certains hôpitaux américains. L’auteur met en avant les budgets serrés des hôpitaux ou le manque de place pour des machines d’entretien. Il me semble tout de même que les frais engendrés par les infections nosocomiales, qui ne sont désormais plus remboursées par l’Etat mais à la charge de l’hôpital, devraient faire réfléchir l’administration…
Pour ne rien arranger, certains Américains, telle l’infirmière chargée de la lutte contre les infections nosocomiales dans mon hôpital, ont une fâcheuse tendance à considérer qu’aucune pratique venant de l’étranger ne peut être supérieure à ce qui se fait aux Etats-Unis. Pas facile d’établir un dialogue et de faire évoluer les mentalités dans ces conditions ! Ils auraient pourtant beaucoup à apprendre du système français où l’hygiène est le pilier de notre pratique quotidienne.
Pourtant, de nombreuses études démontrent que nos uniformes sont des vecteurs d’infections. A l’automne dernier, le New York Times publiait un article intitulé : « The doctor’s hands are germ-free. The scrubs too ? » (Les mains des médecins n’ont pas de bactéries. Leurs uniformes non plus ?). Certains chiffres sont particulièrement effrayants. Une comparaison de la présence d’agents pathogènes sur les cravates portées par les médecins et celles des agents de sécurité à l’hôpital est faite : 50% des cravates de médecins étaient contaminées contre 10% seulement pour les agents de sécurité. L’auteur pointe également du doigt le fait qu’en Europe les uniformes sont généralement pourvus et entretenus par l’hôpital, alors qu’aux Etats-Unis tout est laissé à la charge de l’employé. Effectivement, j’ai dû acheter moi-même mes tenues et c’est moi qui me charge de leur entretien. Les règles concernant la tenue vestimentaire sont assez floues. D’ailleurs, la majorité des hôpitaux ne donnent aucune directive particulière en la matière. Chacun achète la couleur, la forme d’uniforme qui lui plaît. Certains portent même de simples tee-shirts !
L’article du New York Times donne par ailleurs l’exemple du Danemark, où les règles d’hygiène sont plus strictes notamment au niveau des tenues. Dans ce pays, moins de 1% des infections à staphylocoques sont des infections à bactéries résistantes contre plus de 50 % dans certains hôpitaux américains. L’auteur met en avant les budgets serrés des hôpitaux ou le manque de place pour des machines d’entretien. Il me semble tout de même que les frais engendrés par les infections nosocomiales, qui ne sont désormais plus remboursées par l’Etat mais à la charge de l’hôpital, devraient faire réfléchir l’administration…
Pour ne rien arranger, certains Américains, telle l’infirmière chargée de la lutte contre les infections nosocomiales dans mon hôpital, ont une fâcheuse tendance à considérer qu’aucune pratique venant de l’étranger ne peut être supérieure à ce qui se fait aux Etats-Unis. Pas facile d’établir un dialogue et de faire évoluer les mentalités dans ces conditions ! Ils auraient pourtant beaucoup à apprendre du système français où l’hygiène est le pilier de notre pratique quotidienne.
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